Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver dans le domaine de l'hydrogène! Nous avons donc rassemblé quelques informations pour vous aider à y voir plus clair.
Eric Baleviez est directeur commercial et des services chez Safra. Après 30 ans d'expérience dans la mobilité urbaine, d'abord en tant qu'utilisateur (opérateur) puis en tant que constructeur de véhicules électriques, Eric a décidé de rejoindre la filière hydrogène chez Safra.
A l'origine, Safra était une entreprise de carrosserie qui s'est progressivement orientée vers la rénovation de véhicules. La volonté d'allonger la durée de vie des véhicules fait partie de l'ADN de l'entreprise depuis le début.
En 2011, l'actuel président, alors ingénieur, Vincent Lemaire, décide de se lancer dans la grande aventure de la construction de bus électriques puis à hydrogène. Après un premier Businova, très novateur pour l'époque, ils passent en mode " bus start-up " pour concevoir et construire des véhicules répondant à des standards élevés en termes de sécurité, de performance, d'équipement et de certification.
Aujourd'hui, ils ont également intégré l'activité Retrofit dans leur gamme. Il était logique de combiner leur expertise en matière de rénovation et d'innovation dans le domaine de l'hydrogène.
Notre premier hydrogène Businova n'a été conçu que par une dizaine de personnes ! C'est le point de départ de la grande histoire que nous écrivons aujourd'hui.
Aujourd'hui, il y a environ 20 000 bus qui circulent en France. Parmi eux, 35 roulent à l'hydrogène, dont 23 de Safra. Une grande fierté !
Tout au long de ma carrière, je me suis rendu compte que la façon dont les véhicules à hydrogène sont fabriqués et vendus doit être revue pour réduire leur coût de possession. Un véhicule à hydrogène coûte plus cher à l'achat qu'un véhicule diesel, mais à long terme, on peut jouer sur les éléments techniques ou les méthodes d'exploitation pour réduire les coûts globaux.
C'est ainsi que j'ai basculé du côté de la fabrication.
Et puis, j'ai eu un coup de cœur pour l'histoire de Safra, une entreprise française à taille humaine avec une forte volonté de dynamiser nos territoires. Nous sommes d'ailleurs le seul acteur 100% français puisque nous réalisons les études, la conception et la construction en France (nous utilisons même une pile à combustible française).
Enfin, je travaille avec des passionnés de tous âges et de toutes expériences, ce qui est très stimulant !
Lorsque l'on se lance dans l'hydrogène, on est souvent confronté à de nombreux obstacles, qu'ils soient financiers ou réglementaires, par exemple, mais aussi à des mentalités encore sceptiques à l'égard de ce vecteur énergétique. C'est un combat quotidien pour avancer, pas à pas.
Je me bats aussi contre un environnement industriel vieillissant, très routinier, et plein de règles historiques.
Avec Safra et d'une manière générale tous les acteurs de l'hydrogène, nous essayons de bousculer les choses ! C'est ce qui nous anime !
L'hydrogène doit faire partie d'un mix et être combiné à d'autres formes de mobilité, comme l'électrique par exemple. L'hydrogène ne résoudra pas tous les problèmes, mais c'est une clé essentielle de la transition écologique, oui.
Quand je vois la vitesse à laquelle nous avançons chaque jour à Safra, j'ai bon espoir que nous laisserons un bel héritage de ce que nous construisons dans 50 ans. Nous avons déjà posé les fondations et les contours du puzzle, il ne nous reste plus qu'à placer les pièces au milieu.
Je pense que l'hydrogène contribue à relever les grands défis de notre époque :
Mon premier conseil est d'évaluer si l'hydrogène est vraiment la bonne solution pour votre problème. Par exemple, dans le domaine du transport de passagers, il pourrait s'agir de la solution idéale si l'on souhaite transporter davantage de personnes sur de plus longues distances.
Mon deuxième conseil est de penser en termes d'écosystème. Par exemple, si vous voulez passer à l'hydrogène et que vous savez que vos gammes de produits et de services vont s'élargir, profitez-en pour convertir d'autres véhicules à l'hydrogène. Il peut s'agir de véhicules utilitaires légers. Cela vous permet d'utiliser la station de production à des fins multiples.
Chaque héros a une histoire extraordinaire, c'est celle d'Elisabeth Ausimour, présidente de la division Produits du groupe Manitou, qui a ajouté la corde "hydrogène" à son arc il y a deux ans.
Je suis en charge de l'ensemble des produits développés par le Groupe (télescopiques, nacelles, chariots élévateurs, chargeuses...). Nous avons bien sûr une large gamme diesel, mais nous avons des ambitions très fortes pour l'électrique et, depuis deux ans, l'hydrogène fait désormais aussi partie de notre stratégie pour proposer une gamme complète zéro émission.
Ce sont nos engagements très forts en matière de RSE qui nous ont mis sur la voie de l'hydrogène. Dans le cadre de cette politique, le passage de nos systèmes de transmission à l'électrique et à l'hydrogène sont devenus pour nous des priorités. Nous voyons dans l'hydrogène une opportunité incroyable, car ce vecteur énergétique offre une réponse à deux enjeux de performance pour nos engins et véhicules de manutention, celui de la puissance et celui de l'autonomie.Pour moi, ce qui est aussi très intéressant avec cette énergie, c'est l'approche systémique qui peut être développée autour d'elle. Nous pouvons être verts et vertueux de bout en bout et agir localement. Lhyfe produit de l'hydrogène vert et renouvelable, nos clients l'utilisent localement et les seules émissions des véhicules sont de l'eau ! C'est ainsi que nous travaillons aujourd'hui près du premier site de production à Bouin avec notre premier prototype de télescopique à hydrogène.
Au sein du groupe Manitou, l'objectif est que plus de 40 % des produits vendus soient à zéro émission en 2030. Nous sommes déjà en bonne voie pour atteindre notre ambition, puisqu'en 2022, la part des véhicules zéro émission représentait déjà plus de 10 % de nos ventes.Avec l'hydrogène, nous nous attacherons notamment à proposer des solutions pertinentes au marché de la construction. Dès que la loi imposera une certaine proportion de véhicules électriques dans les villes, je vois rapidement les habitants vouloir des chantiers plus verts et plus silencieux. L'avantage, c'est qu'avec l'hydrogène, la combinaison de la puissance et de l'autonomie seront de véritables atouts pour les opérateurs de chantier. Personnellement, je suis convaincu que l'hydrogène est l'énergie la plus propre qui soit ! Mais il me reste à convaincre beaucoup de monde... Et nous devons aussi expliquer que toutes les utilisations ne peuvent pas être couvertes par l'hydrogène. Par exemple, les agriculteurs se tourneront peut-être d'abord vers les biocarburants, car il sera difficile d'accéder à l'hydrogène dans les zones rurales au début.
Nous menons une bataille contre le temps - nous devons progresser rapidement vers cette transition énergétique. Nous voulons être pionniers mais les technologies ne sont pas toujours prêtes et les clients non plus. C'est un véritable défi car nous essayons d'introduire rapidement ces offres avec tout l'écosystème de l'hydrogène (véhicules + stations + H20), même si les technologies ne sont pas prêtes pour le marché aujourd'hui.
Être un pionnier fait partie de notre culture depuis la création de l'entreprise il y a 60 ans. Nous avons inventé le premier chariot élévateur à mât, puis le chariot télescopique. Nous avons également été les premiers distributeurs Toyota en Europe et nous avons une politique RSE depuis 13 ans déjà, ce qui nous a valu plusieurs récompenses.
Je ferais deux vœux pour rendre l'hydrogène plus accessible :* Que le réseau de distribution soit accessible à tous - c'est vraiment le défi si nous voulons apporter de l'hydrogène vert à nos machines et à nos clients.* Rendre la technologie moins chère. Je sais que le CEA fait des recherches sur le sujet mais il faut se rendre à l'évidence qu'aujourd'hui l'hydrogène n'est pas encore un marché de masse et que les produits sont chers même si nous aimerions qu'il soit accessible à tous.
Je pense que l'hydrogène est une des transformations majeures de notre ère industrielle. Un changement est en train de s'opérer qu'il ne faut absolument pas rater et c'est pour cela que nous investissons énormément. Et je suis très fier d'écrire ce nouveau chapitre avec mes équipes !
Chaque héros a une histoire extraordinaire - c'est celle de Chloé Zaied, fondatrice et PDG de HYNOVA et directrice générale d'Ephyra, qui travaille depuis trois ans sur les navires à hydrogène.
J'étais et je suis toujours capitaine de navire. J'ai beaucoup navigué à travers le monde, mais il y a quelques années, je suis revenu au bercail, dans les Calanques où j'ai grandi, pour créer une entreprise familiale d'affrètement de bateaux pour la visite du Parc national des Calanques. Nous organisons des voyages qui permettent de découvrir cet environnement magique tout en sensibilisant à sa fragilité.
Une méduse ! Dans les Calanques, c'est aux méduses que l'on reconnaît l'état de santé de la mer : quand elles sont massivement envahies, c'est qu'il y a un problème de chaleur, de pollution, ou les deux ! Et depuis quelques années, c'est malheureusement devenu un phénomène récurrent. On voit aussi les dauphins et les thons s'éloigner... Au-delà de ma fascination pour ces cnidaires qui existent depuis 620 millions d'années et qui ont survécu en s'adaptant, ils sont un véritable indicateur naturel d'un déséquilibre plus profond de notre écosystème. En tant que capitaine, je suis confronté à un dilemme entre mon activité que j'adore et la mer que je chéris - si l'on considère qu'un bateau classique rejette environ 620 kilos de CO2 par an, je fais visiter le milieu marin que je veux protéger... tout en le polluant, ce qui n'est pas possible. J'ai tout de suite vu dans l'hydrogène la solution pour concilier ma passion pour l'environnement et mon activité qui consiste à offrir à mes passagers une expérience merveilleuse.
Tout d'abord, je préfère dire lutter "pour" ; c'est une question de point de vue, mais c'est important. Et je me bats pour d'autres alternatives et pour faire comprendre aux gens que d'autres possibilités existent... Mon arme principale est vraiment l'éducation - quand on fait quelque chose de nouveau, il faut l'expliquer, aider les gens à le comprendre et à partager l'idée, pour finalement - je l'espère - changer les mentalités.
J'ai créé le premier yacht à moteur à hydrogène en France. Je parle ici d'un yacht homologué qui peut réellement transporter des passagers. Pour moi, c'est vraiment la solution qui concilie tout, même l'écologie, la performance et l'innovation. En plus des prix et des récompenses, nous avons organisé un Salon de la Mer entre Marseille et Monaco. Pendant deux mois, dans 11 ports de la Côte d'Azur, nous avons fait des démonstrations du bateau, organisé des visites pour des centres d'animation pour enfants, des écoles, des administrations, etc. Cela a clairement changé le cours de l'aventure d'Hynova, même si c'était assez épuisant !